L’IA, menace ou alliée face à la désinformation climatique ?

En moins de quatre ans, les intelligences artificielles (IA) génératives ont bouleversé la façon dont nous nous informons. De plus en plus de personnes les préfèrent aux journaux pour suivre l’actualité, ou aux moteurs de recherche pour se renseigner sur un sujet. Faut-il s’en inquiéter ?


Discuter avec une IA comme avec une amie bien renseignée, lui demander un résumé de l’actualité ou un état des lieux sur un sujet donné, avoir des réponses claires en quelques secondes sans faire l’effort de les chercher… Les agents conversationnels comme ChatGPT, le Chat, Claude, Gemini ou Meta AI sont si pratiques qu’il est tentant de les préférer aux médias classiques. Or, contrairement aux journalistes, ils ne vérifient pas toujours leurs sources. Leurs réponses sont le fruit d’un calcul statistique. Elles peuvent donc « halluciner », c’est-à-dire prendre pour vraies des informations qui ne le sont pas, et les relayer avec assurance.

Au-delà de l’impact environnemental que représente une utilisation croissante de ces chatbots, il y a donc un risque réel de mésinformation : 55 % des utilisateurs interrogés leur font confiance. Un sondage, publié en mai 2026, a montré qu’un Français sur dix avait consulté une IA générative avant les dernières élections municipales et que cela avait conduit 30 à 40 % d’entre eux à changer d’avis sur leurs intentions de vote. Pour 20 à 30 %, les chatbots ont même été une aide à la décision(1). Certains partis politiques l’ont déjà compris : ils inondent le web et les réseaux sociaux de leurs idées, espérant créer un brouhaha qui leur est favorable.

Armée de bots climatosceptiques

Le principal risque posé par l’IA générative, le plus évident, se trouve néanmoins plus en amont : « Il est devenu facile, pour n’importe qui, de fabriquer gratuitement de faux contenus audiovisuels, d’apparence parfaitement réaliste, et de les déverser en masse sur les réseaux sociaux, explique Arthur Grimonpont, responsable du plaidoyer au Centre pour la sécurité de l’IA (CeSIA), un groupe d’experts récemment mandaté par la Commission européenne pour évaluer les risques de manipulation par l’IA. Même démentis, ces deepfakes finissent, à force d’inonder l’espace numérique, parfois en imitant les codes journalistiques et en reprenant les bannières de médias reconnus, par nourrir un doute systémique du public envers toutes les sources d’information, même les plus fiables. » Les revues scientifiques comme Nature ou Science, dont tous les articles sont relus par des chercheurs, ne sont pas épargnées. Le nombre de fausses références en fin d’article s’est tellement multiplié qu’il est devenu difficile de ne pas en laisser passer.

Désormais, il n’est plus nécessaire de recruter des humains compétents pour coordonner une campagne de désinformation : une armée de bots, coordonnés par une intelligence artificielle, peut le faire, sans relâche et à une vitesse inégalable. Ils commentent des publications, taguent des personnalités susceptibles de les repartager, créent des communautés virtuelles où les posts des uns et des autres sont relayés, etc. » En donnant l’impression qu’une foule de personnes adhèrent à une idée, ces faux comptes finissent par influencer les débats.

Des IA anti-fake news ?

Certains veulent aussi voir dans les IA génératives de possibles alliées. En effet, sur des sujets généraux largement documentés, comme le climat, la plupart apportent des réponses fiables. « Leurs propriétaires ont intérêt à ce qu’elles hallucinent le moins possible et restent conformes aux connaissances scientifiques bien établies, en se référant à une pluralité de sources, pour ne pas faire l’objet de critiques ou de sanctions européennes, explique Arthur Grimonpont. Si les outils conversationnels actuels ne permettent pas encore d’écrire un article d’actualité sans erreur, ils peuvent aider le public à prendre du recul par rapport à certains débats très polarisés auxquels on assiste à la télé, sur les réseaux sociaux ou dans les réunions familiales. La plupart sont par exemple capables de dresser un bon état des lieux général des enjeux du réchauffement et de ses causes, dans un langage clair et accessible. »

En revanche, plus les questions sont précises, plus le risque d’erreur est élevé, surtout si elles portent sur des sujets très controversés, donc investis par les sphères complotistes. Des IA spécialisées, créées par des organismes publics de confiance, ont plus de chances de fournir des réponses fiables à ces questions. C’est pourquoi l’ADEME, le Cerema et le Commissariat général au développement durable (CGDD) ont développé une IA au service de leurs agents : SofIA, qui ne s’appuie que sur des ressources documentaires de référence de la transition écologique.

Les IA ouvrent également la voie à de nouveaux outils de lutte contre la désinformation. Citons par exemple celui développé par Data for Good pour l’Observatoire des médias sur l’écologie (OMÉ) : il est capable d’analyser à une vitesse inhumaine de grands volumes de contenus audiovisuels pour y détecter les narratifs trompeurs. En revanche, ce sont des humains, les scientifiques de l’association Science Feedback, qui s’occupent de démystifier ces fake news.

Transparence et régulation

Notons par ailleurs que, si les IA peuvent être des alliées du climat, en apportant des réponses neutres et impartiales, elles peuvent aussi servir les adversaires de la transition écologique. Il ne faut pas oublier qu’ils appartiennent presque tous à des géants de la Tech, qui ont le pouvoir d’orienter leurs réponses, de décider de la « vérité » qu’ils préfèrent diffuser. Certains de ces agents conversationnels – rares heureusement – sont en effet orientés. Cela pose des questions de gouvernance et de responsabilité des fournisseurs, mais aussi de transparence sur les bases de données utilisées pour entraîner les IA. Celle-ci n’est pas la règle.

De plus en plus de voix s’élèvent pour demander un meilleur encadrement de l’IA afin de poser des gardefous. Des initiatives émergent en ce sens. L’AI Act, adopté par l’Union européenne en 2024, par exemple, demande aux développeurs du continent de s’appuyer sur une pluralité de sources, d’indiquer que leur contenu est artificiel et qu’il peut faire l’objet d’erreurs, qu’il est donc meilleur de croiser les réponses obtenues auprès d’autres sources. L’entreprise française Mistral AI l’applique déjà. On peut lire sur la première page de son agent conversationnel : « Le Chat peut faire des erreurs. Vérifiez les réponses. »

(1) Sondage « IA et politique : vers un outil d’aide, voire d’influence sur la décision ? », Harris Interactive, mai 2026.